Arto PAASILINNA, Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen

Publié par le Juil 29, 2011 dans Blog | 0 commentaire

Arto PAASILINNA, Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen

 

Présentation de l’éditeur :

À l’approche de la cinquantaine, le pasteur Oskar Huuskonen traverse une mauvaise passe. Son mariage bat de l’aile, sa foi vacille, ses prêches peu conformes aux canons de l’Église lui attirent les foudres de ses supérieurs et ses paroissiens le désolent. Comme si cela ne suffisait pas, ses ouailles décident de lui offrir pour son anniversaire un cadeau empoisonné : un ourson qui vient de perdre sa mère. Ruiné et l’esprit chagrin, Huuskonen décide de partir à l’aventure avec son ours. Un long périple qui les mènera de la mer Blanche à Odessa, Haïfa, Malte ou Southampton, en quête d’un sens à leur existence.

 

L’auteur :

Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l’auteur d’une trentaine de livres, pour la plupart traduits en français et qui ont toujours rencontré un grand succès. Citons entre autres Le Lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis ou encore Un homme heureux.

 

Titre original : Rovasti Huuskosen petomainen miespalvelija

 

Année de publication : 1995

 

Premières lignes :

« Le Diable rôde parmi nous tel un lion rugissant !"
Le pasteur Oskar Huuskonen, appuyé des deux mains à la balustrade de sa chaire, fixait d'un regard
implacable les paroissiens de Nummenpää assemblés à ses pieds, la tête courbée sous le poids du
péché. »
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Mon avis :

 

Je connaissais seulement l’auteur de réputation lorsque j’ai entamé ce livre et c’est donc un euphémisme de dire que je ne m’attendais pas du tout à ce genre de littérature ! Un peu bêtement, je l’avoue, sa nationalité finlandaise m’avait conduite à imaginer une histoire austère et minimaliste, rédigée dans un style sec et dépouillé. Hélas, les préjugés sont inévitables et ce, dans tous les domaines.

Si j’ai été aussi surprise passées les premières pages, c’est que ce roman est l’exact opposé de ce que j’imaginais, soit un déroutant mélange d’absurde, de farfelu, parfois même de burlesque, voire de picaresque, tantôt très prosaïque, tantôt onirique, charmant, drôle, solaire et généreux.

Le pasteur Huuskonen, personnage principal de l’ouvrage, est à la fois coureur de jupons et un peu alcoolique sur les bords, avec un vrai grain de folie s’exprimant particulièrement lors de la pratique de son loisir favori : le javelot ascensionnel (rire garanti à la lecture de ces pages).

Soudainement, sa petite vie s’emballe à l’orée de son cinquantième anniversaire : alors que sa femme le quitte, que sa hiérarchie le réprimande pour ses sermons inappropriés et que sa foi plus que fluctuante l’abandonne à ses doutes, ses paroissiens lui offrent une sorte de cadeau empoisonné : un ourson venant de perdre sa mère et judicieusement prénommé par eux Belzébuth.

Après un apprivoisement mutuel et une hibernation partagée, l’homme et le plantigrade partiront ensemble pour un long périple, qui de prime abord ressemble fort à une fuite, mais qui peu à peu se transforme en quête initiatique. Traînant sa solitude et ses questions existentielles à la rencontre d’autres solitudes, le pasteur cherche un sens à sa vie.

Le parti pris réellement original de l’auteur est de raconter son histoire de façon très réaliste, donc au premier degré, or celle-ci est tellement extravagante (le pasteur apprend à son ours à repasser, cuisiner et servir à table, entre autres choses !) que le lecteur doit forcément la prendre au second degré, et de ce décalage naît l’humour.

Cette forme littéraire pourrait finalement s’apparenter à un conte, ou une sorte de fable sur les désillusions d’un homme abandonné par tous les humains, même par son dieu, et qui cherche sa rédemption et sa foi perdue autour du monde, en compagnie d’un ours qui devient son meilleur ami.

Derrière un ton apparemment léger, l’auteur porte un regard incisif et sans concession sur la société, notamment les représentants religieux. À tel point que la véritable humanité nous semble finalement le mieux incarnée par un pasteur alcoolique et défroqué et son ours dressé. Tous les personnages croisés dans le livre sont d’ailleurs attachants, nombreux étant ceux à la limite de la folie douce.

Certains thèmes ici développés par l’auteur sont apparemment présents de façon récurrente dans toutes ses œuvres : l’écologie, la nature et les animaux, les voyages, ou encore la fuite (lui-même a dû fuir la guerre, enfant). Dans cet ouvrage, le lecteur est constamment dépaysé, dans les grandes étendues glacées du début, puis lors du grand périple des deux compères.

Quant au style de Paasilinna, on jurerait tout d’abord qu’il n’a rien d’exceptionnel, mais peu à peu un rythme, une petite musique se forment et l’on se retrouve pris dans cette lecture sans trop savoir comment, ce qui est sans doute la marque des grands écrivains. Il faut aussi souligner que la très belle traduction y est sûrement pour quelque chose.

 

 

Ma note :

 

 

 

 

Sept étoiles (sur dix).

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