Éric-Emmanuel SCHMITT, La part de l’autre

Publié par le Juin 18, 2011 dans Blog | 0 commentaire

Éric-Emmanuel SCHMITT, La part de l’autre

 

 

Présentation de l’éditeur :

Le 8 octobre 1908, Hitler est recalé à son concours d’entrée aux Beaux-Arts. Que se serait-il passé s’il y avait été admis ? Tel est, en partie, l’objet de ce roman. Car Eric-Emmanuel Schmitt s’est amusé à mener de front deux biographies romancées, celle du dictateur Hitler et celle du jeune Adolf H., admis au concours. Nous suivons ainsi pas à pas leur double évolution, les chapitres alternant leurs vies qui se répondent en écho.

 

L’auteur :

Né en France en 1960, normalien, agrégé et titulaire d’un doctorat en philosophie, Eric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre. Plébiscitées tant par le public que par la critique (il compte parmi les auteurs les plus joués actuellement en France et dans le monde), ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Naturalisé belge en 2008, il vit à Bruxelles et vient de réaliser son deuxième film, tiré d’Oscar et la dame rose.

 

Année de publication : 2001

 

Premières lignes :

" - Adolf Hitler : recalé.
Le verdict tomba comme une règle d'acier sur une main d'enfant.
- Adolf Hitler : recalé.
Rideau de fer. Terminé. On ne passe plus. Allez voir ailleurs. Dehors."

 


 

Mon avis :


J’ai découvert Éric-Emmanuel Schmitt avec ce livre, et si je n’ai plus rien lu de cet auteur depuis, c’est sans doute à cause de la déception éprouvée en refermant son ouvrage. Je partais pourtant avec un a priori favorable, Schmitt étant à la fois le chouchou des médias et du public, et son sujet suffisamment intriguant pour que l’on s’y intéresse.

Ce roman pourrait être le parfait archétype de la bonne idée de départ, laquelle, peinant à être correctement concrétisée, devient vite oiseuse. Soit donc cette folle uchronie, ce postulat audacieux : que se serait-il passé si Adolf Hitler n’avait pas échoué au concours d’entrée des Beaux-Arts de Vienne ?

C’est précisément ce que l’auteur va s’attacher à nous décrire, sous la forme de deux trajectoires divergeant à partir de cet événement crucial et faussement anodin. L’une suivra Hitler dans ses rêves sanguinaires de grandeur et de dictature, l’autre verra Adolf H. devenir un peintre reconnu dans le Paris des années folles, épousant une juive, sans que jamais l’Allemagne ne connaisse le nazisme.

Cet artifice de construction semble intéressant au départ, mais cela n’a qu’un temps. Le procédé est en fait trop artificiel pour réellement fonctionner, si bien que très rapidement on oublie complètement que le si sympathique Adolf H. est une version positive d’Hitler, alors que cette connexion est pourtant l’ambition première du livre. Les deux personnages principaux, très manichéens (l’un n’est que pureté, l’autre que noirceur), ne sont dépeints que sommairement d’un point de vue psychologique, or cette vision simpliste empêche toute implication du lecteur.

Perdue au milieu de ce parallélisme stérile, je me suis souvent ennuyée, car le texte souffre de nombreuses longueurs, surtout dans la partie consacrée au peintre. En effet, cette dernière manque cruellement de relief, ce qui la rend creuse, parfois vide. Quant à l’autre, elle offre selon moi une biographie bien faible et médiocre d’Hitler.

Je conseille donc à tous ceux qui s’intéresseraient à cette période de lire plutôt le magistral et glaçant roman de Robert Merle, La mort est mon métier, ou encore Si c’est un homme de Primo Levi, l’un comme l’autre appartenant à un registre nettement supérieur, tant du point de vue de la force du récit que du style.

Justement, pour en venir à la forme, je n’ai pas trouvé que l’écriture d’Éric-Emmanuel Schmitt parvenait à sauver son ouvrage : certes facile à lire, elle est assez plate et manque de force et de densité, surtout face à un sujet d’une telle gravité. Quant à son recours occasionnel à la vulgarité, je le trouve vraiment gratuit et inutile.

Pour conclure, je voudrais revenir sur deux thèses exprimées par l’auteur dans cet ouvrage et dont l’aspect caricatural et simpliste me dérangent : la première suppose qu’en l’absence d’Hitler, l’Allemagne serait devenue la première puissance mondiale et aurait vécu en paix, devenant même un refuge pour les juifs opprimés.

Un tel présupposé me semble confondant de naïveté et de bons sentiments, car je ne doute pas qu’un autre catalyseur (qu’il soit interne ou externe au pays) qu’Hitler aurait tout à fait pu mener au même genre d’atrocités, compte tenu du climat délétère de l’époque.

Seconde théorie, encore plus dérangeante : si l’on prend l’auteur au mot, alors l’université de Vienne serait en fait l’unique responsable de la transformation d’Hitler en tyran sanguinaire, manière dangereuse, me semble-t-il, de lui retirer l’entière responsabilité de ses actes.

Vous l’aurez compris, cet ouvrage bâti sur un postulat finalement assez racoleur et trop fragile ne m’a pas convaincue. Je terminerai en citant un commentaire avisé à propos de ce livre, écrit par un internaute Québécois : « Maintenant, reste à savoir ce que serait devenu Ben Laden si son meilleur ami ne lui avait pas volé son dessert à la cantine. »

Tout est dit !

 

Ma note :


 

 

 

Quatre étoiles (sur dix).


Envoyer un Commentaire