Jean M. AUEL, Les Enfants de la terre, T1 à 6

Publié par le Août 12, 2011 dans Blog | 2 Commentaires

 

Jean M. AUEL, Les Enfants de la terre, T1 à 6


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Présentation de l’éditeur :

Tome 1, Le clan de l’ours des cavernes (The clan of the cave bear)

Il y a 35 000 ans, une longue période glaciaire s’achève et la Terre commence à se réchauffer. En ces premiers temps du monde, Ayla, une fillette de cinq ans, échappe à un tremblement de terre et se sort des griffes d’un lion pour se réfugier auprès d’un clan étranger. On l’adopte. Très vite, ses gestes et ses paroles suscitent l’étonnement et l’inquiétude.

 

Tome 2, La vallée des chevaux (The valley of horses)

Passés la surprise et l’émerveillement suscités par Ayla, la jeune étrangère aux cheveux blonds qu’ils ont recueillie, les hommes du « clan de l’ours » ont pris peur de ses dons extraordinaires. Maudite et exilée, elle commence un long voyage solitaire, au bout duquel elle rencontrera deux jeunes gens insouciants et aventureux.

 

Tome 3, Les chasseurs de mammouths (The mammoth hunters)

Pendant plusieurs saisons, Ayla et son compagnon Jondalar ont tout partagé. Ensemble ils ont eu peur et froid, et vécu dans une intimité du corps et de l’esprit qui a fait naître en eux un sentiment troublant et inconnu. Le clan des « chasseurs de mammouths » qui les accueille est stupéfait par ce couple de géants blonds aux yeux bleus qui savent monter à cheval et apprivoiser le loup.

 

Tome 4,  Le grand voyage (The plains of passage)

Ayla et Jondalar poursuivent leur traversée des steppes immenses du continent européen, suscitant le trouble et l’effroi sur leur passage. Les peuples rudes qu’ils rencontrent vivent de la chasse et de la cueillette mais n’ont jamais vu d’animaux domestiques. Or, ce couple étrange se déplace à cheval, en compagnie d’un loup apprivoisé. D’où tient-il donc ses pouvoirs ?

 

Tome 5, Les refuges de pierre (The shelters of stone)

Plus tard, des millénaires plus tard, cette région s’appellera le Périgord. C’est là que parviennent enfin Ayla et Jondalar au terme de leur fabuleux voyage. Quand ils atteignent la neuvième caverne, où Jondalar a grandi, l’accueil de la tribu Zelandonii est plutôt mitigé. On se méfie d’Ayla, de son étrange langage, du loup apprivoisé qui l’accompagne et de ces chevaux sur lesquels elle exerce un pouvoir troublant.

 

Tome 6, Le pays des grottes sacrées (The land of painted caves)

La Zelandoni, guérisseuse et chef spirituel de la Neuvième Caverne, choisit Ayla pour lui succéder un jour. Pour ce faire, elle doit suivre pendant plusieurs mois la grande prêtresse. Son initiation passe notamment par la visite des nombreuses grottes ornées de la région, l’occasion pour l’apprentie Zelandoni de découvrir des sites magnifiquement décorés, dont elle apprend à comprendre le sens.

 

L’auteur :

En 1977, alors âgée de quarante ans, l’Américaine Jean M. Auel décide de quitter son emploi, un poste à responsabilité dans une entreprise d’électronique. En attendant d’obtenir un travail plus stimulant, cette mère de cinq enfants se met à écrire une nouvelle consacrée à une femme de la préhistoire. Ainsi naît Ayla, l’héroïne des Enfants de la terre, une saga préhistorique qui s’est à ce jour vendue à plus de 45 millions d’exemplaires à travers le monde.

 

Années de publication : 1980 (tome 1), 1982 (tome 2), 1985 (tome 3), 1990 (tome 4), 2002 (tome 5),  2011 (tome 6).

 

Premières lignes :

"L'enfant nue quitta l'auvent de peaux de bêtes pour courir vers la crique nichée au creux d'un
méandre de la petite rivière. Rien, depuis qu'elle était venue au monde, n'avait jamais menacé
son refuge et ceux qui le partageaient avec elle."

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Mon avis :

Pendant des années, j’ai entendu certains de mes proches encenser cette saga préhistorique et insister fréquemment pour qu’à mon tour, je la lise. J’avais jusque là vaillamment résisté, mais c’était sans compter… le chantage. J’ai ainsi dû capituler et me lancer dans cette lecture imposante (près de 4 000 pages !) qui m’a tenue occupée durant les quatre derniers mois.

Tout ce préambule pour souligner le fait que je n’ai pas eu, à l’inverse de la plupart des amateurs de ces ouvrages, à attendre jusqu’à dix ou douze ans entre la parution de chaque volume, d’autant que le dernier est justement sorti tout récemment. Cela dit, j’ignore si on peut parler de chance, comme je l’expliquerai par la suite…

Pour commencer, je dois reconnaître certaines qualités à l’auteur, la première étant le volume impressionnant de ses recherches, lesquelles ne peuvent être mises en doute. J’admets également que sur des sujets précis, tels que la botanique, la climatologie, la zoologie, l’écologie ou l’artisanat, son implication réelle sous-entend un gigantesque travail de documentation. Elle-même explique d’ailleurs s’être rendue sur des sites de fouilles et avoir fait relire ses textes par des spécialistes.

On peut aussi la créditer d’avoir, dès le début de son oeuvre, réhabilité l’image très négative des néandertaliens, lesquels ont longtemps été vus comme des brutes stupides, ce qu’ils n’étaient évidemment pas. Ce message de tolérance et de respect, constamment martelé par l’héroïne, qui a grandi parmi eux, est l’une des leçons à tirer de ces romans.

Enfin, j’ai apprécié le discours faisant état de la féminité à cette époque. Ainsi, découvrir le fonctionnement de ces sociétés matriarcales, au sein desquelles les femmes étaient honorées et respectées, où les hommes n’avaient pas encore pris conscience de leur rôle fondamental dans la reproduction, m’a ouvert de nombreuses pistes de réflexion passionnantes.

Hélas, j’ai bien peur d’en avoir fini avec les points positifs… Mais avant tout, je dois honnêtement reconnaître que tous les volumes de la saga ne se valent pas. Les trois premiers sont incontestablement les plus intéressants, le quatrième traîne sérieusement en longueur et le cinquième est décevant, ce qui n’est rien à côté du dernier…

Mon premier reproche est ce choix de faire s’exprimer les personnages comme vous et moi, avec un vocabulaire et des notions qui semblent totalement anachroniques. Je comprends bien l’intérêt romanesque de cette option, mais elle n’a cessé de me gêner tout au long de la lecture. Ensuite, le mélange entre faits scientifiquement prouvés et pure fiction m’a déplu. Logiquement, tout ce qui touche à l’immatériel ne peut être qu’une invention : les rites religieux, les chants, les danses, les langages, etc. Cette confusion des genres m’a perturbée car je ne pouvais distinguer le vrai du faux.

En outre, dans un domaine aussi vaste que la paléoanthropologie, tant de choses restent à découvrir et à comprendre que les théories (voir celle d’Yves Coppens) fluctuent au gré des découvertes. Celles détaillées au début de la saga ayant près de trente ans, il serait étonnant que tout soit encore valable aujourd’hui. Ce manque de rigueur scientifique est donc pour moi rédhibitoire, de même que l’absence de toute bibliographie listant des sources, ou de notes explicatives différenciant les faits établis de l’invention, comme on en trouve chez des auteurs plus sérieux,Paul Harding ou Robert Merle, par exemple.

Mon troisième reproche concerne la totale invraisemblance régissant les multiples inventions ayant lieu (comme par hasard) dans un espace-temps très réduit, la quasi-totalité provenant d’Ayla, notre héroïne. Je citerai donc pêle-mêle : les points de suture, l’aiguille, le propulseur, le shampooing (avec des feuilles de saponaire), le briquet (avec des pierres), la luge, sans oublier les lunettes de soleil (à mettre au crédit de son compagnon Jondalar). J’ajoute qu’Ayla, véritable génie préhistorique, sait parler au moins cinq ou six langues (après seulement quelques jours d’apprentissage), et imiter à la perfection les cris des animaux qui l’entourent.

Le mot-clé ici est « perfection », puisque les deux héros de ces ouvrages, Ayla et Jondalar, ont été très largement gâtés par la nature (ou, devrais-je dire, par la Mère), au point d’être quasiment exempts de tout défaut. Certes, Ayla ne sait pas chanter et Jondalar fait parfois preuve d’une réelle stupidité quand il s’agit d’identifier ses sentiments ou ceux des autres, mais rien de plus.

Hélas, ce manichéisme frappe également les autres personnages : les gentils sont lisses et fades, les méchants, vraiment pas sympas. Il faut aussi souligner un réel paradoxe psychologique au sujet d’Ayla : présentée tout au long de l’œuvre comme rien moins que la première féministe de l’Humanité, rebelle et libérée, elle demeure pourtant inexplicablement soumise face aux desiderata des hommes.

Autre ennui dans chaque tome : l’auteur semble juger indispensable de noyer ses lecteurs sous des flopées de nouveaux personnages secondaires (voire tertiaires), ne nous épargnant aucun de leurs fastidieux liens familiaux, alors qu’on ne les reverra plus par la suite. J’ajoute qu’au sein de chaque groupe, tous les prénoms se ressemblent, nous promettant une belle migraine lorsqu’il s’agit de les différencier (a fortiori quand on lit les ouvrages à plusieurs années de distance) !

Je dois également aborder un sujet lassant : l’omniprésence (tomes 1 et 6 exclus) de scènes de sexe entre Ayla et Jondalar, à la fois très détaillées et incroyablement répétitives, de par leur fréquence ET leur contenu (je parle ici de quasi mot à mot). Passée la justification du début (l’apprentissage d’Ayla dans ce domaine), elles s’avèrent bien vite ennuyeuses (même si le choix d’un vocabulaire particulièrement ridicule les rend parfois comiques), totalement gratuites et pour la plupart, inutiles.

Du point de vue de l’intrigue, l’auteur néglige inexplicablement d’exploiter plusieurs sujets, pourtant prometteurs : le Clan, dans lequel Ayla est élevée mais qu’on ne reverra plus par la suite, de même que son fils Durc qu’elle y laisse, le mystère de ses propres origines qui ne sera jamais résolu, ses talents de guérisseuse, ignorés dans les deux derniers tomes, et enfin sa fille, dont l’auteur se désintéresse rapidement.

Tous ces thèmes auraient pourtant mérité d’être abordés plus longuement, étoffés et développés, au lieu d’être juste effleurés, à la grande déception du lecteur. À l’inverse, la relation amoureuse (à l’eau de rose) entre les deux héros est quant à elle disséquée, délayée, répétée à l’envi. Faite d’hésitations et de malentendus, elle ne m’a pas convaincue, et même lassée par son manque de réalisme.

Après avoir évoqué le fond, j’en viens maintenant à la forme, c’est-à-dire au style. J’ai tout de suite été gênée par la façon dont l’auteur a plaqué de longs passages très érudits (à propos de botanique, de climat…) sur la trame de son histoire, sans que les deux soient suffisamment homogénéisés pour que la transition passe inaperçue. Car si la partie savante est de bonne tenue, dès que Jean M. Auel n’a plus recours à une béquille scientifique, la qualité de sa prose baisse. De plus, ses trop longues descriptions tuent le rythme, si bien qu’on finit par les sauter en espérant que l’intrigue avance enfin.

Ceci m’amène au problème crucial, à savoir les constantes, usantes et récurrentes répétitions. En effet, il est vraiment pénible, pour qui s’attelle à la lecture de cette saga d’une seule traite, de tomber toutes les dix pages sur des passages entiers reprenant à la lettre des épisodes des tomes précédents. L’auteur semble adorer la technique du copier-coller, laissant à penser qu’elle ne se relit pas d’un livre sur l’autre, sans quoi elle s’apercevrait forcément de la lourdeur de ce procédé.

Pourquoi ne pas avoir fait à la place un petit résumé des livres précédents, à l’entame de chaque ouvrage ? Ainsi, ceux qui en avaient besoin auraient eu plaisir à le lire et ceux dans mon cas, à le sauter ! Conséquence de tout ceci, j’ai pour la première fois de ma vie passé des paragraphes entiers et lu des dizaines de pages en diagonale afin d’éviter ce radotage. L’œuvre souffrant d’un réel manque de concision, l’auteur aurait pu sans problème élaguer répétitions et longueurs, pour n’obtenir finalement que trois ou quatre tomes, largement suffisants.

La traduction, de bonne qualité au début du cycle, décline après un changement de personne, participant sans doute à la mauvaise impression d’ensemble. Quant à l’intrigue, elle s’essouffle peu à peu, jusqu’à faire du surplace dès le quatrième tome (un comble, puisqu’il relate un voyage !), et atteint l’apogée de l’insignifiance dans le dernier.

L’histoire y est copieusement délayée dans les trois premiers quarts de l’ouvrage (afin de maintenir le volume des formats précédents ?), après quoi l’auteur semble réaliser qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps pour inventer quelques maladroits rebondissements. Celui qui concerne Ayla et Jondalar (aussi ridicule que peu crédible au vu de leur passé commun), déçoit, de même que les intrigues annexes mettant en scène leurs ennemis, subitement et brièvement ressuscités avant de disparaître pour de bon, sans même en avoir tiré parti.

Bâclée, la fin est un véritable gâchis, alors que cette fresque méritait tout de même mieux que cela. Ce dernier tome étant vraisemblablement de commande, on sent que l’auteur, maintenant âgée, a surtout voulu contenter son éditeur (et le service marketing) en se contentant de resservir les restes (mal réchauffés) du tome 5… Dommage d’avoir fait patienter son lectorat pendant neuf ans pour un tel résultat !

Vous l’aurez compris, je n’ai pas été séduite par cette vision à l’eau de rose de la préhistoire, dont le slogan pourrait être : « Barbara Cartland au pays des mammouths ». Pour les amateurs de lecture sur nos lointains ancêtres hominidés, je conseille plutôt le cycle préhistorique de cinq tomes de Pierre Pelot (collaboration scientifique d’Yves Coppens), intitulé Sous le vent du monde, et qui fait référence dans ce domaine.

Ma note :

 


 

 

Trois étoiles (sur dix).

2 Commentaires

  1. Passionant et extrêmement bien écrit. À quant le film ?

  2. j’ai lu avec passion les livres ( et plusieurs fois ) de Jean M. AUEL; AYLA la jeune fille perdu qui devient une guérisseuse et une chamane, après avoir conquis Jondalar la chasseur et aventurier venu se perdre à des milliers de kilomètre de sa grotte natale a couse d’une fille.
    mais je reste sur ma fin : encore une fois l’histoire n’est pas fini !

    si je sais se que devient Ayla ; quant est-il de Ducs son fils et du clan de l’ours des caverne ? des gens quelle a rencontré tous la long de son voyage ? et après avoir lu le critique ( un peu dur parfois ), il est vrai qu’il manque un peu de piquant dans certain chapitre (comme si l’auteur avait envie d’en finir vite ! ).

    si il y a un prochain roman , il devrait s’appeler : « LES FILS D’AYLA  » ! après tous, maintenant qu’elle a expliqué « le secret de fabrication  » des enfants à tous les cro-magnions , il y a de quoi faire quelques saine croustillante avec nos deux héros , non ?! ainsi avec Ducs qui peu suivre les traces de sa mère et les enfants de Ayla et Jondalar qui peuvent suivre les pas de leurs père : ils vont bien finir par se rencontrer, non?!

    alors à quant la suite et un film (le réalisateur de « Ao le dernier des Neandertal » serai parfais !!

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