Ken FOLLETT, Un monde sans fin

Publié par le Jan 28, 2013 dans Blog | 0 commentaire

Ken FOLLETT, Un monde sans fin

 

 

Présentation de l’éditeur :

1327. Quatre enfants sont les témoins d’une poursuite meurtrière dans les bois : un chevalier tue deux soldats au service de la reine, avant d’enfouir dans le sol une lettre mystérieuse, dont la teneur pourrait mettre en danger la couronne d’Angleterre. Ce jour lie à jamais leurs sorts… L’architecte de génie, la voleuse éprise de liberté, la femme idéaliste, le guerrier dévoré par l’ambition : mû par la foi, l’amour et la haine, le goût du pouvoir ou la soif de vengeance, chacun d’eux se bat pour accomplir sa destinée dans un monde en pleine mutation – secoué par les guerres, terrassé par les famines, et ravagé par la Peste noire. Avec Un monde sans fin, Ken Follett nous offre une nouvelle fresque historique aussi séduisante et captivante que Les Piliers de la Terre, cette superbe épopée romanesque qui avait pour cadre l’Angleterre du XIIIe siècle.

 

L’auteur :

Ken Follett est né au pays de Galles en 1949. Il est l’un des auteurs de best-sellers et de thrillers d’espionnage les plus renommés, mais c’est avec ses romans historiques qu’il a connu ses plus grands succès (vingt millions d’exemplaires vendus à travers le monde). Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma et à la télévision. Il vit en Angleterre avec son épouse, députée travailliste.

 

Titre original : World without end

 

Année de publication : 2007

 

Premières lignes :

" Gwenda n'avait pas peur du noir, et pourtant elle n'avait que huit ans.
      Quand elle ouvrit les yeux et ne vit que l'obscurité autour d'elle, elle n'en fut aucunement effrayée.
Elle savait où elle se trouvait : étendue à même le sol sur de la paille, auprès de sa mère, dans le long
bâtiment en pierre du prieuré de Kingsbridge qu'on appelait l'hospice. À en juger d'après la chaude
odeur de lait qui chatouillait ses narines, Ma devait nourrir le bébé qui venait de naître et n'avait pas
encore de nom."

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Mon avis :

Après avoir dévoré à l’adolescence Les piliers de la terre (parus en 1989), célèbre roman historique de Ken Follett se déroulant dans l’Angleterre du XIIe siècle, je me réjouissais à l’idée de retrouver cette période, ce style et des personnages aussi attachants. Si la lecture de ce pavé de 1 286 pages a dans l’ensemble été plutôt agréable, quelques bémols ont gâché ces retrouvailles.

Pour ceux qui s’attendraient à une suite directe du précédent opus, première déception : si Un monde sans fin se déroule dans la même ville fictive, Kingsbridge, plus de deux siècles se sont écoulés depuis Les piliers de la terre, si bien que mises à part de très rares allusions d’ordre généalogique (certains personnages seraient les lointains descendants de Tom et Jack les Bâtisseurs, héros du premier livre), les deux ouvrages s’envisagent tout à fait séparément.

Point commun, en revanche, l’intrigue se déploie ici aussi sur une très longue période (environ trente-cinq ans), permettant ainsi de suivre les multiples personnages, depuis leur enfance jusqu’à un âge presque mûr (du moins, pour l’époque !).

Au tout début du livre, les destinées de quatre enfants de milieux sociaux différents sont donc liées après qu’ils aient assisté dans les bois à un combat entre un mystérieux chevalier et deux soldats de la reine, épisode tragique duquel découleront un secret et un serment.

L’auteur nous fait croire que cet événement sera crucial pour la suite de l’histoire, or il n’en est rien, à peine sera-t-il mentionné à nouveau de loin en loin (sans doute pour nous éviter de l’oublier) avant de ressurgir à la toute fin du livre, procédé assez artificiel s’il en est (d’autant que ladite révélation s’avère assez décevante).

En fait, il s’agit surtout d’un moyen pour faire se rencontrer ces quatre personnages que tout sépare, et entrelacer ensuite leurs trajectoires, lesquelles ne cesseront plus dès lors de se croiser, rarement pour le meilleur et surtout pour le pire…

Merthin, futur architecte de génie, Caris, femme rebelle qui cherche encore sa place dans le monde, Gwenda, issue des classes les plus pauvres et devant se battre pour sa survie, et enfin Ralph, frère cadet du premier, homme d’armes violent et antipathique, sont donc les héros principaux du roman.

Autour d’eux gravitent de multiples personnages secondaires, au point qu’il est parfois ardu de resituer chacun dans son contexte. À part Caris, et Merthin (dans une moindre mesure), qui sont plus nuancés, les autres sont dépeints d’une façon un peu trop manichéenne à mon goût.

En effet, une séparation binaire s’opère rapidement entre les « méchants », qui rivalisent de cruauté et de bassesse, et les « gentils », qui le sont parfois à la limite de la niaiserie. Par exemple, les deux frères, Ralph et Merthin, sont tellement diamétralement opposés au niveau du caractère que l’on peine à y croire.

Préparez-vous en tout cas à ronger votre frein, car durant les trois quarts du roman (et souvenez-vous à quel point celui-ci est gros !), ce sont bien les « méchants » qui remportent toutes les victoires, engendrant chez le lecteur une frustration qui va grandissant, d’autant que les « gentils », ces perpétuels naïfs, ne semblent jamais mettre à profit leurs expériences passées pour s’éviter de nouveaux coups durs. Résultat : on déteste les uns, sans pouvoir vraiment s’attacher aux autres, trop brimés et accablés de malheurs pour emporter notre adhésion.

Seule Caris tire, à mon avis, son épingle du jeu : il s’agit en effet d’une réelle héroïne féministe, prête à tous les sacrifices pour choisir sa vie, vivre pleinement et surtout, avoir la liberté d’explorer tout son potentiel (elle voudrait être médecin, chose inacceptable pour une femme à cette époque). Pour cela, elle ira jusqu’à renoncer à l’amour de l’homme dont elle est pourtant éprise, car elle ne veut dépendre de personne. Fière et déterminée, rebelle mais réfléchie, courageuse et audacieuse, c’est le seul personnage auquel je me sois réellement attachée.

Quant aux principaux thèmes abordés (trahisons, amour, meurtres, violence, hypocrisie, luttes de pouvoir), leur répétitivité finit par lasser un peu, de même que les scènes de sexe que l’auteur juge utile de nous infliger très régulièrement et qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue (j’y vois une analogie, le ridicule en moins, avec celles des Enfants de la terre, tout aussi redondantes et superflues).

Le rendu historique est en revanche très plaisant à la lecture, on apprend de nombreuses choses intéressantes sur le commerce, la religion, le profond fossé existant entre les différentes classes sociales à cette époque, la grande Peste noire (vous n’éternuerez plus jamais sans arrière-pensée !) et les maigres moyens de s’en prémunir, les tares et vices du clergé… Seule l’architecture (élément pourtant central de l’histoire) n’occupe peut-être pas toute la place qu’elle aurait mérité. Quelques anachronismes viennent hélas gâcher le plaisir de la reconstitution et par conséquent, jeter un doute sur tout ce que l’on avait lu précédemment… dommage !

Du point de vue de la construction, l’auteur n’emploie pas une trajectoire chronologique linéaire, il fonctionne par périodes, elles-mêmes séparées par plusieurs années qui nous sont résumées au début chaque nouveau cycle. L’abondance de personnages fait que leurs histoires ne cessent de s’entrecroiser, pendant que les rebondissements se succèdent, dont certains sont relativement prévisibles.

Dans l’ensemble, je trouve que le texte aurait gagné à être resserré et élagué, afin de couper quelques longueurs et aussi de nous épargner la violence gratuite de certaines scènes, en particulier celles de viol. Quant au style, fluide et assez plaisant à la lecture, il m’a néanmoins semblé d’une qualité inférieure à ce dont je me souvenais des Piliers de la terre, mais peut-être est-ce dû à la traduction ?

Pour conclure, malgré la longueur du roman, quelques pages éprouvantes et la frustration souvent ressentie à la lecture, cette dernière est agréable de par le dépaysement qu’elle procure au lecteur, pourvu qu’il soit assidu et fasse preuve de constance !

 

Ma note :

 

 

 

 

Six étoiles (sur dix).

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