Lauren WEISBERGER, Le Diable s’habille en Prada

Publié par le Juin 18, 2011 dans Blog | 0 commentaire

 

Lauren WEISBERGER, Le Diable s’habille en Prada

 

 

Présentation de l’éditeur :

Vingt-trois ans, un diplôme de littérature en poche, Andrea débarque à New York en quête d’un premier job, prête à croquer à belles dents dans la Grosse Pomme. On lui offre -ô miracle !- le poste d’assistante de Miranda Priestly, la rédactrice en chef d’un prestigieux magazine de mode. Comment, elle n’a jamais entendu parler de Runway ni de sa grande prêtresse dont le nom est aussi célèbre que ceux de Chanel ou de Versace ? Voyons, des millions de filles se damneraient pour être à sa place ! Mais les dessous de la mode ne sont pas toujours propres, et au contact de son incomparable patronne, Andrea découvre vite ce que le mot « enfer » veut dire…

 

L’auteur :

Née en 1977, Lauren Weisberger est américaine. Diplômée de l’université de Cornell, elle vit à New York depuis 1999. Elle fut l’assistante personnelle d’Anna Wintour, éditrice de Vogue, considérée comme la grande prêtresse de la mode. Le Diable s’habille en Prada, premier roman de ce jeune auteur, s’est fait rapidement une place dans les listes des meilleures ventes anglo-saxonnes et françaises.

 

Titre original : The Devil wears Prada

 

Année de publication : 2003

 


 

Mon avis :

 

N’ayant jamais été particulièrement attirée par ce que d’aucuns nomment « chick lit » (littérature pour filles), j’avoue que je n’aurais jamais eu l’idée de lire ce livre si une amie ne me l’avait pas prêté. Partant il est vrai avec un a priori plutôt défavorable, je dois dire que la plupart de mes réticences ont hélas été confirmées à la lecture, ce qui ne m’a pas empêchée d’avoir quand même quelques bonnes surprises.

Pour commencer avec les points positifs, disons que cette chronique du quotidien d’Andrea, jeune femme réduite progressivement à l’esclavage par sa patronne, figure toute-puissante de la presse féminine, m’a souvent amenée à m’identifier à elle. D’abord parce que l’auteur en fait la narratrice de l’histoire, ce qui renforce l’attachement que l’on éprouve à son égard, ensuite parce que ses déboires m’ont rappelé mes propres débuts en tant qu’assistante dans des galeries d’art.

L’auteur a effectivement dû expérimenter elle-même ce genre de tyrannie, et j’ai d’ailleurs bien reconnu ces situations : être corvéable à merci, tout en devenant parfois totalement transparente aux yeux des clients (ou des supérieurs hiérarchiques), qui ne font alors pas plus de cas de vous que d’un simple meuble. De même, la frustration d’être sous-employée par rapport à ses études et ses vraies compétences (bac +4 à l’époque, j’allais notamment récupérer des vêtements au pressing et conduire la petite fille du patron à son cours de danse…), sans oser se mettre en avant pour les faire valoir.

Ceci étant dit, ce livre comporte selon moi plusieurs défauts, le premier étant la présence de nombreux poncifs, particulièrement dans la peinture qui y est faite d’un univers de la mode sans foi ni loi. Cette assertion est d’une telle banalité que je me demande bien qui serait assez naïf aujourd’hui pour imaginer le contraire. Loin de sa promesse de critiquer âprement ce milieu, je trouve l’angle choisi par l’auteur assez consensuel et convenu, pas assez grinçant en tout cas pour remettre en cause la superficialité qui y règne.

Mon espoir de dynamitage de l’intérieur ayant été déçu, je pensais me consoler avec les personnages, mais trop stéréotypés et manichéens, leur psychologie manque de nuances et de subtilité. Quant à l’héroïne principale, sa volonté d’ascension socioprofessionnelle et ses histoires de cœur sont à deux doigts de faire basculer l’ensemble vers le roman Harlequin. Son quotidien, amusant au départ, devient peu à peu lassant et répétitif, car l’intrigue est bien mince et l’ennui guette le lecteur.

En ce qui concerne le texte, il faut reconnaître que sa lecture est assez agréable, mais certainement pas littéraire. Le ton se veut frais, mais il est plombé par un style creux et des dialogues bien plats. Il manque ce grain de folie et d’audace, ce second degré et même ce  nonsense, si bien maniés par les auteurs Anglais, pour dynamiser ce qui est pourtant un sujet en or. Je ne m’étendrai pas sur la fin, cousue de fil blanc et extrêmement prévisible.

En fait, la problématique de ce roman peut se résumer à ces deux questions : jusqu’où est-on prêt à aller pour se fondre dans un milieu qui n’est pas le nôtre ? Doit-on, en toutes circonstances et quoi qu’il en coûte, accepter de jouer le jeu ? Il me semble à ce propos qu’entre l’écriture de ce livre et la campagne de communication organisée pour le promouvoir, l’auteur a d’ores et déjà clairement répondu à ces deux interrogations…

Pour conclure, je confirme mon impression de départ : je n’apprécie pas vraiment que cet ouvrage soit spécifiquement destiné à un public féminin. Triste constat, si c’est effectivement le cas, car il donne une bien pauvre vision de la femme. À ceux qui voudraient découvrir une autre version de l’esclavage au travail, mais bien plus drôle, féroce et littéraire, je conseille  de se tourner vers la lecture de Stupeur et tremblements, d’Amélie Nothomb.

Ma note :

 

 

 

 

 

  Quatre étoiles (sur dix).


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