Milena AGUS, Mal de pierres

Publié par le Juil 20, 2012 dans Blog | 0 commentaire

Milena AGUS, Mal de pierres

 

 

Présentation de l’éditeur :

Au centre, une jeune Sarde « aux longs cheveux noirs et aux yeux immenses ». Toujours en décalage, toujours à côté de sa propre vie. Autour d’elle, des personnages secondaires, peints avec une touche d’une extraordinaire finesse : le mari, épousé par raison pendant la guerre ; le Rescapé, dont l’empreinte sera indélébile ; enfin, la petite-fille, narratrice de cette histoire qui permettra à l’héroïne de se révéler dans sa vérité. Mais sait-on jamais tout de quelqu’un ?

 

L’auteur :

Milena Agus, née à Gênes en 1959, est cette inconnue sarde qui n’avait pas rencontré de succès en Italie et a pourtant enthousiasmé la presse, les libraires et le public français avec Mal de pierres en 2007. Ce succès s’est finalement propagé en Italie, lui permettant ensuite d’accéder à la notoriété dans les treize pays où elle est aujourd’hui traduite. Lauréate du prix Elsa Morante, du prix Forte Village en Italie et du prix Relay en France, les droits de son Mal de pierres ont été achetés pour le cinéma par Nicole Garcia.

 

Titre original : Mal di pietre

 

Année de publication : 2006

 

Premières lignes :

" Grand-mère connut le Rescapé à l'automne 1950. C'était la première fois qu'elle quittait
Cagliari pour aller sur le Continent. Elle approchait des quarante ans sans enfants, car
son mali de is perdas, le mal de pierres, avait interrompu toutes ses grossesses. On l'avait
donc envoyée en cure thermale, dans son manteau droit et ses bottines à lacets, munie de la
valise avec laquelle son mari, fuyant les bombardements, était arrivé dans leur village. "

 

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Mon avis :

 

Encore une fois, je vais aller à l’encontre d’un grand succès de librairie, même si je n’ai (comme souvent) découvert sa popularité qu’après sa lecture, ce qui me permet donc de livrer sur cette œuvre un avis que je pense objectif.

Ce roman s’attache aux destins de trois générations d’une famille sarde, principalement après la Seconde Guerre mondiale. La narratrice nous conte en particulier, à grand renfort de retours en arrière, l’histoire de sa grand-mère, considérée comme folle et mariée tardivement à un homme qu’elle n’aimait pas. Atteinte de calculs rénaux (le fameux mal de pierres, que l’on retrouve en titre) qui l’empêchent de mener ses grossesses à terme, elle va rencontrer lors d’une cure thermale celui qui restera à jamais son unique et véritable amour…

Lorsqu’on lit ce résumé, tous les ingrédients semblent présents pour concocter une grande saga romanesque, pleine de rebondissements, de souffle et de sentiments. Avant d’en venir aux reproches, j’accorde toutefois au roman sa faculté de dépaysement, la Sardaigne étant, du moins il me semble, une destination peu communément traitée dans la littérature.

Ce point positif reconnu, j’en reviens au problème principal : l’auteur ne parvient pas, selon moi, à exploiter convenablement tous les ingrédients susnommés pour les transformer en quelque chose de suffisamment consistant pour être mis sous l’œil de son lecteur.

La froideur générale dans laquelle ils baignent rend les personnages fort peu attachants, si bien que l’histoire d’amour (pourtant centrale) entre la grand-mère et le Rescapé manque cruellement d’émotion et de corps, voire même de sentiments. On se prend alors à imaginer ce que la plume sensuelle, sauvage et enfiévrée d’une Isabel Allende aurait fait de cette histoire…

Quant aux multiples thèmes abordés que sont la folie (et sa définition, toute subjective), l’amour à contretemps (la grand-mère n’éprouvera de vraie passion qu’après son mariage et… pour quelqu’un d’autre que son époux), le sacrifice, l’incommunicabilité entre les êtres, les non-dits et les secrets de famille, bien que prometteurs, ils sonnent finalement un peu creux et leur traitement trop superficiel peine à emporter mon adhésion.

Du point de vue de l’écriture, celle-ci, brève et sèche, est aussi aride que les paysages sardes. Je sais que certains lecteurs sont très friands de phrases courtes, mais décidément, cela ne fonctionne que très rarement sur moi, et seulement lorsqu’il s’agit de véritable littérature !

Je regrette donc que ce livre manque de chair, ainsi que d’un vrai style, car celui de l’auteur semble parfois trop oral et peu tenu. Enfin, la construction en puzzle se veut certes originale, mais l’abus des retours en arrière finit par embrouiller le lecteur, qui se perd un peu au fil des différentes époques, d’autant qu’il lui faut composer avec un rythme plutôt mollasson.

Cette sécheresse et cette froideur m’ont donc constamment tenue à l’écart de l’histoire, me coupant des personnages et m’interdisant toute émotion. D’ailleurs, quatre ans après sa lecture, il ne me reste pas grand-chose de ce roman, que l’on peut doublement qualifier de lapidaire : de par sa brièveté d’abord, mais aussi en référence au sens étymologique du terme, qui vient faire écho à son titre.

 

Ma note :

 

 

 

  

Quatre étoiles (sur dix).

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